L’Abbé José Luis Rodriguez de Velasco, prêtre né à Bilbao, faisait partie des cercles du PNV (Partido Nacionalista Vasco) du Gouvernement d’Euskadi en exil et a choisi de se réfugier en France suite à la victoire franquiste de la guerre civile espagnole (1936-1937).   
 
Après la seconde guerre mondiale, sa sœur Higinia et lui-même venaient de plus en plus souvent à Bidart, où ils louaient une maisonnette sur la Corniche. Tous deux artistes fidèles à la tradition basque, ils créèrent l’atelier de céramique d’art « Kaïoa » (la mouette) au-dessus des falaises d’Erretegia, riches en argile et en marnes, où ils puisaient une grande partie de leur matière première. L’été, leur amie, Mlle Leroux, vendait quelques objets de leur production dans le magasin de souvenirs locaux « Fandango », qu’elle tenait à la place de l’actuelle « Bodega Bidarte » en bas de la rue Erretegia**. Une de ses créations est toujours exposée dans le muret de l’ancienne boutique, la vierge « Goizeko izarra » - l’étoile du matin.

En 1958, il a réalisé le blason qui orne la façade de notre mairie, rappelant le passé du port de chasse à la baleine, avec la nef, le harpon et le phare de Koskenia.
 
Les anciens Bidartars interrogés décrivent l’Abbé comme un homme original, intelligent et cultivé. Il disait la messe quotidienne dans notre église et allait à la Roseraie le dimanche pour les enfants des Charbonnages de France en séjour sur la côte basque.(Cet établissement avait été loué par le Gouvernement d’Euzkadi de 1937 à 1940 pour servir d’hôpital aux réfugiés d’Hegoalde). 
 
  
   La croix de sa tombe, dans le cimetière de l’église de Bidart où il repose, est ornée d’une tête de Christ qu’il avait lui-même façonnée. Devant, une plaque de marbre blanc évoque la « Reconnaissance des enfants de La Roseraie ».
 
   Pour illustrer son humour et sa gentillesse, M. J. Garat raconte cette anecdote : « A un couple d’estivants qui s’extasiait longuement devant un beau vase ne se décidant ni à le remettre sur son étagère ni à l’acheter, il demanda dans un sourire : « Il vous plaît ? » Comme ils acquiesçaient avec empressement, il répondit : « Eh bien, emportez-le ! vous m’enverrez un mandat quand vous pourrez… » Eberlués, nos deux amateurs n’en croyaient pas leurs oreilles, mais l’Abbé insista et ils partirent heureux avec leur précieuse poterie… Comme je lui manifestais mon étonnement dès qu’ils eurent quitté les lieux, l’Abbé m’assura tranquille qu’il avait déjà fait ça de nombreuses fois et que jusque là il avait toujours fini par être payé… « Il faut toujours faire confiance aux gens, disait-il, et puis, s’ils ne paient pas, quelle importance ?... »
 
                           
 
**On peut d’ailleurs apercevoir l’ancienne enseigne de la boutique « fandango » si l’on s’approche de la vitrine.
                                                       
Martine Castell-Dargassies, aidée de Christiane A.S.  et de Jacques Garat.