Château d'Ilbarritz

Fier et altier, parfois fantomatique lorsque les éléments se déchaînent, se dresse sur la colline d’Ilbarritz : le Château du Baron de l’Espée.

Ce personnage, mélomane et quelque peu misanthrope, était l’un des héritiers de la famille de Wendel, Maîtres des Forges de Lorraine, ce qui explique à la fois ses possibilités financières et son goûts pour les progrès techniques.

Dès 1890, lors d’un séjour à Biarritz, recommandé pour ses bienfaits par les médecins britanniques, le Baron repère le promontoire couvert de landes sauvages, offrant à sa vue un panorama imprenable sur 360 degrés.

En 1893, Maître Blaise achète pour 350000 francs-or les 75 parcelles aux 30 propriétaires concernés, ce qui offre au bâtisseur un domaine de 60 hectares sur lequel l’architecte biarrot Gustave Huguenin est chargé de construire, avec l’aide de l’entrepreneur Moussempès, le château et ses nombreuses dépendances insolites: cuisines éloignées, pour que les odeurs n’en incommodent pas le châtelain, vacherie, chenils, pavillon médiéval, hexagonal ou chinois, galeries couvertes, grotte et puits, et … usine électrique.

Mais la pièce essentielle était l’orgue Cavaillé-Coll de 70 jeux et 5000 tuyaux, autour duquel le palais devait être construit. En 1894, la première pierre est posée ; et Albert de l’Espée peut s’installer dès 1896 dans le bâtiment des cuisines de l’Ouest – seule dépendance qui subsiste encore aujourd’hui, sous le nom de «Blue Cargo» sur la plage d’Ilbarritz Sud – où un salon lui est réservé. On y trouve déjà la pierre de Bidache, le chêne de Hongrie et les marbres de diverses nuances qui décoreront le château, achevé en 1897. C’est alors que l’orgue y sera installé et harmonisé dans la salle prévue à cet effet, d’une hauteur de deux étages. La façade ouest fait office d’écran pour le reste de la bâtisse et les balcons servent de points d’ancrage de la charpente qui supporte cinq épaisseurs de toit (chêne + zinc + grès vitrifié + amiante + tuiles plates). Des postes d’eau et d’incendie sont également prévus, car le musicien passionné d’orgues, de Wagner et de César Franck, a déclaré : « Il faut que la maison qui va abriter Mon orgue soit in-des-truc-ti-ble. » Notons que la galerie en étage de la salle d’orgue rappelle celles des églises basques.

En 1898, il veut vendre, à la suite d’un déboire amoureux. Il revient en 1902 pour jouer une dernière fois de son instrument, vendu à Mutin et démonté en 1903 – il est maintenant au Sacré Cœur de Montmartre à Paris.

En 1905, la propriété est retirée de la vente, un nouvel orgue est commandé à Mutin : 3 claviers + accessoires, dont le « cor bouché de Siegfried ». L’instrument est installé en 1907.

Remis en vente en 1910, le château passe aux mains de M. Gheusi, qui y fondera une société immobilière. Un concert public, le 10 avril 1912, attirera un important public amateur d’orgues.

De 1917 à 1922, le château est transformé en hôpital. Puis une lente dégradation s’annonce, accompagnée de pillages.

De 1936 à 1939, la municipalité de Bidart y loge des réfugiés basques-espagnols.

Le 20 juin 1940, l’armée allemande occupe les lieux, puis c’est une ferme jusqu’en 1958, date à laquelle M. et Mme Massiaux achètent le château pour en faire un hôtel de luxe qui accueillera des estivants pendant environ 25 ans.

Depuis 1990, la salle de l’orgue et l’escalier sont classés par les Monuments Historiques, mais l’ensemble de la bâtisse appartient à la Chaîne Thermale du Soleil. On peut l'observer depuis la plage d'Ilbarritz mais il ne se visite pas.  

d'après Martine Dargassies